I. Présentation et définition de quelques termes techniques à la Croyance
Nous débuterons cette étude par la définition de la Croyance elle-même.
Dans la langue arabe, Al-‘Aquida dérive d’Al-‘Aqd, terme qui signifie le liage, le nouage, le garrottage, et dans un sens plus abstrait, désigne la constance et la précision.
Dans le vocabulaire de l’Islam, ce terme désigne la foi ferme en Allah (I) et au monothéisme (Tawhid) qui Lui est dû, et la foi en Ses Anges, Ses Livres, Ses Messagers, au Jour Dernier et en la Prédestination, bonne ou mauvaise. C’est aussi la croyance en tous les fondements de la religion qui dérivent des piliers de la foi et qui s’y assimilent.
Beaucoup de nos pieux prédécesseurs ont désigné la croyance authentique par le terme Sunna, afin de la distinguer des croyances et spéculations propagées par les sectes égarées, car la croyance authentique – c'est-à-dire celle des Ahlu Sunna wal Djamâ’a- tire sa source de la Sunna du Prophète (r), cette dernière étant l’exégèse du Qur’an.
Certains de nos pieux prédécesseurs ont écrit des ouvrages sur la croyance (Al ‘Aquida) et leur ont donné le nom Sunna, comme en témoigne l’exemple de l’Imam Ahmad ibn Hanbal, d’Ibn Abî ‘Âssim et de bien d’autres.
De même, certains savants ont désigné la croyance par l’expression « Fondements de la Religion ». En effet, nous pouvons diviser la religion du Prophète (r) en actes pratiques d’une part et en croyances d’autre part. Les actes pratiques désignent les législations et les règles relatives à la façon d’adorer Allah et d’agir au quotidien, comme les règles de la prière rituelle, de la Zakat, du commerce, etc. Les actes pratiques sont aussi appelés far’iyah (préceptes subsidiaires) ou fourou’ (ramifications). Ils sont comme une ramification de la science du dogme et de la croyance, car la croyance est la plus auguste des actes d’obéissance, et aussi parce que sa validité est une condition d’agrément des actes pratiques d’adoration. Aussi, si la croyance est corrompue, l’adoration n’est pas acceptée et perd par conséquent sa rétribution, ainsi que le dit Allah (I) :
( En effet, il t’a été révélé, ainsi qu’à ceux qui t’ont précédé : «Si tu donnes des associés à Allah, ton œuvre sera certes vaine ; et tu seras très certainement du nombre des perdants… »).
Toujours dans cette optique, d’autres savants, comme l’imam Abû Hanifa, ont désigné la croyance par l’expression « L’érudition majeure » (Al-Fiqh Al-akbar), car la croyance est le fondement de la religion, tandis que la jurisprudence pratique (appelée l’érudition mineure (Al-Fiqh Al-asgar)) en est la ramification comme nous l’avons dit plus haut.
Ce sont les Compagnons du Messager d’Allah (r) et tous ceux qui auront fidèlement suivi leurs traces jusqu’au Jour de la Résurrection. Ce sont ceux qui s’attachent à la croyance authentique exempte des flétrissures de l’innovation et de la superstition. C'est-à-dire la croyance qui fut celle du Messager d’Allah (r) et de tous ses Compagnons –Qu’Allah soit satisfait d’eux.
Ils sont appelés « les gens de la Sunna » (Ahlu Sunna), parce qu’ils se conforment à la Sunna du Prophète (r) qui explique le Qur’an, en application de cette parole du Prophète (r) : « Vous devez suivre ma tradition (Sunna) et la Sunna des Califes orthodoxes bien guidés après moi, cramponnez-vous-y à l’aide de vos molaires ». Ils savent en effet que la tradition du Prophète (r) est la meilleure tradition et l’ont donc préférée à toute autre tradition.
Ils sont appelés « le regroupement » (Al-Djamâ’a), parce qu’ils se sont unis autour de l’observance de la Sunna du Prophète (r) et du consensus des pieux prédécesseurs de cette Communauté. Ils se sont rassemblés autour de la vérité et de la croyance islamique pure exempte de toute flétrissure. Par ailleurs, le Prophète (r) a désigné par l’expression « le regroupement » (Al-Djamâ’a) le groupe sauvé qui suit sa Sunna et la voie de ses Compagnons [et ce sont bien évidemment les Gens de la Sunna et du Regroupement Communautaire (Ahlu Sunna wal Djamâ’a)]. En effet, dans un Hadith authentique rapporté d’après Mou’awiya ibn Soufiane, le Prophète (r) a dit : « Les gens des deux Livres se sont divisés dans leur religion en soixante-douze sectes et cette Communauté se divisera en soixante-treize sectes, toutes sont en Enfer sauf une seule : il s’agit de la Djamâ’a. Il sortira de ma communauté, des gens sur lesquels ces passions [innovations] vont se ruer comme la rage se rue sur sa victime ».
Cette appellation « les Gens de la Sunna et du Regroupement Communautaire » (Ahlu Sunna wal Djamâ’a) est une description véridique qui distingue ceux qui ont une croyance correcte et restent fidèles à l’héritage du Messager (r) des autres sectes qui suivent des voies autres que celle du Prophète (r). Certaines de ces sectes égarées s’inspirent en matière de croyance de systèmes de pensée forgés par de simples esprits humains et sur la théologie spéculative (kalam) qu’elles ont héritée des philosophes grecs. Aussi, préfèrent-ils ces échafaudages intellectuels à la parole d’Allah et à la Sunna du Messager d’Allah (r), en rejetant les textes islamiques authentiques, ou en les détournant de leur sens réel, tout simplement parce que certaines raisons humaines ne sont pas d’accord avec la teneur de ces textes sacrés. Au nombre de ces groupes, il y a : les philosophes, les fatalistes, les matouridites, les Jahmites, les moutazilites et les acharites qui ont suivi les Jahmites dans certaines de leurs opinions.
D’autres parmi ces sectes suivent aveuglément les thèses de leurs cheikhs qui sont très souvent eux-mêmes aveuglés par des passions, comme c’est le cas avec les soufis, les Râfidah [chiites], etc. Ainsi, les adeptes de ces sectes préfèrent clairement les paroles de leurs cheikhs à la parole d’Allah et à celle de Son Messager Muhammad (r), le meilleur des hommes.
D’ailleurs, de nombreuses sectes tirent leur appellation du nom de leur fondateur, comme les Jahmites qui tirent leur appellation de Jahm ibn Safwane, les Acharites de Abû Al-Hassan Al’Ach’ary (bien que celui-ci ait finalement abandonné cette croyance pour suivre la croyance des Ahlu Sunna wal Djamâ’a, ses adeptes restent attachés à son hérésie), les Abadites de Abdullah ibn Abâd, etc.
Parmi ces sectes, il y en a qui tirent leur nom de la doctrine qu’elles professent et qui est contraire à la voie du Prophète (r) ou de certains de leurs mauvais actes, comme c’est le cas pour les Râfidah [chiites] qui ont refusé (rafada) l’imamat d’Abû Bakr et d’Oumar et les ont désavoués, les fatalistes [Qadariya] tirent leur nom de leur refus du destin (Qadr)), et les Khâridjites dont le nom fait référence à leur rébellion contre les autorités, etc.
Allah a préservé les « les Gens de la Sunna » (Ahlu Sunna) de toute appellation et de toute orientation autres que celle de la Sunna. Ils suivent scrupuleusement les traces de celui qui est exempt d’erreur et de faute, le Messager d’Allah, Muhammad ibn Abdullah (r), le noble Prophète qui fut soutenu dans sa mission par une révélation venant du ciel et ne parlait pas de son propre chef, mais guidé par une inspiration divine. Aussi, ne se réclament-ils que de la Sunna.
Certains savants désignent les « les Gens de la Sunna » (Ahlu Sunna) par « Les gens du Hadith » (Açhâbul Hadith) et (Ahlul Hadith) parce qu’ils ont accordé beaucoup de sollicitude à la relation et l’étude des Hadiths du Prophète (r) et se sont conformés aux croyances et aux règles qui s’y dégagent. Les termes Hadith et Sunna ont sensiblement le même sens.
« Les Gens de la Sunna » (Ahlu Sunna) sont également appelés le groupe victorieux jusqu’au Jour Dernier. Ce sont ceux que le Prophète (r) a évoqués dans ce Hadith : « Un groupe de ma Communauté ne cessera d’être victorieux [contre leurs ennemis], ne souffrant pas des torts de ceux qui les lâchent. Et ce groupe restera ainsi jusqu’au Jour de la Résurrection ». Ils sont aussi le groupe sauvé évoqué dans le Hadith de Mouâwiya déjà cité et dans bien d’autres Hadiths encore.
Etymologiquement, cette expression désigne en arabe les prédécesseurs, ceux qui appartiennent à une génération antérieure.
Dans le langage technique des savants musulmans, ce terme évoque les Compagnons du Prophète (r) et ceux qui les ont suivis et ont marché sur leurs traces parmi les savants des trois premiers siècles de l’Islam, ses siècles privilégiés.
Etymologiquement, cette expression désigne « le retardataire » et toute personne qui vient après une autre qui l’a devancée.
Dans le langage technique des savants musulmans, ce terme désigne ceux qui s’écartent de la voie du Prophète (r) et de ses Compagnons en matière de dogme, à l’instar des Khâridjites, des chiites et également des partisans de la théologie spéculative qui ont accordé la prééminence à la raison humaine sur les textes révélés du Qur’an et de la Sunna : c’est le cas des Jahmites, des moutazilites, des acharites, des fatalistes, des Mourjiites, etc.