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Extrait de : Les règles du takfîr d'un individu précis


 

     

Cheikh Al Islam Ibn Taymiyya a également dit, après avoir déclaré qu'une personne en tant qu'individu précis ne peut pas être accusée de mécréance avant que certaines conditions soient vérifiées en ce qui la concerne et que soit attestée l'inexistence des obstacles au takfîr : « La preuve confirmant ce principe vient du Qur’an, de la Sunna, du Consensus [des savants de la communauté] et de l'examen ». Puis, il cite certaines de ces preuves et ajoute : « S'il est établi par le Qur'an –lui-même expliqué par la Sunna- qu'Allah a pardonné à cette communauté l'erreur et l'oubli, ceci est de portée générale et reste général [sans spécification]. Il n'y a rien dans l'argumentation légale qui oblige qu'Allah châtie les membres fautifs de cette communauté pour leur erreur… ceci reconnu, le takfîr d'un musulman précis, de la part de ces ignorants et de leurs semblables, est un propos qu'on ne doit s'aventurer à proférer que lorsque l'argument décisif du message a été exposé clairement aux personnes concernées, argument grâce auquel il apparaîtra de façon manifeste qu'elles contredisent vraiment les Prophètes. Ceci reste valable même si effectivement leurs propos sont en soi une mécréance. Ces paroles concernent de façon générale toutes les personnes considérées individuellement et ceci bien que certaines innovations religieuses soient plus graves que d'autres et bien qu'il puisse y avoir plus de foi chez certains innovateurs que chez d'autres. Il n'appartient à personne d’accuser un musulman de mécréance même si ce dernier se trompe et fait des erreurs, tant qu'on ne lui a pas exposé clairement la preuve et montré le chemin dans toute sa clarté. Celui dont la foi a été établie de façon certaine ne peut voir celle-ci lui être déniée sur la base d'une présomption. Elle ne peut être annulée qu'une fois que l'argument est présenté et l'ambiguïté dissipée »[1].

 

Notre cheikh Muhammad ibn `Uthaymîn a dit, parlant du fait d'accuser une personne précise de mécréance : « Il y a également, parmi les empêchements, l'erreur induite par une interprétation concernant l'acte impie. La personne croit qu'elle est dans le vrai. Elle ne fait pas le péché volontairement et ne cherche pas délibérément à transgresser. Elle est alors concernée par la parole d'Allah : « Nul blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos cœurs font délibérément »[2]. La raison en est aussi que c'est là le maximum de ce qu'elle pouvait faire. S'applique alors à lui la parole d'Allah suivante : [ Allah n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité ][3].

 

Les hommes de science ont des avis et des développements, qu'il serait long d'énumérer, concernant les questions pour lesquelles l'interprétation peut constituer un empêchement au takfîr d'une personne précise et celles pour lesquelles elle ne le constitue pas[4].

De façon générale, l'excuse de l'interprétation est l'un des principaux obstacles au takfîr d'un individu précis. Pour cette raison, certains hommes de science ont dit que si la personne qui interprète obtient la preuve qui contredit son point de vue erroné mais ne se rétracte pas, elle n'est pas accusée de mécréance s'il s'agit d’une question sur laquelle on peut éventuellement se tromper en raison de sa subtilité ou de la confusion qui peut persister dans l'esprit de celui qui s'est trompé, parce qu'il y a des insinuations trompeuses autour de la question, ou qu'il est influencé par les circonstances dans lesquelles il s'est trouvé à une ou plusieurs occasions précises, etc. Ceci en vertu de cette parole d'Allah : [ Nul blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos cœurs font délibérément ][5].



[1] Voir Majmû'ul fatâwâ 12/489, 500 et 501.

[2] al-'Aћzâb : 5.

[3] al-Baqara : 286, voir Majmû’ul fatâwa du Cheikh ( 2/136)

[4] Le cheikh `Abdu Rahman al-Sa`dî a dit dans al-'Irchâd p. 209, après ses propos susmentionnés traitant de l'excuse de l'interprétation et après avoir indiqué que les innovateurs qui commettent un acte impie se répartissent en trois groupes : un groupe qui n'est pas excusable et qui est jugé mécréant parce qu'il connaît la vérité et s'entête à être en infraction, un groupe qui est pécheur du fait de sa négligence à rechercher la vérité et un groupe qui peut être excusé à cause de son ignorance car ayant cherché à connaître la vérité mais n'ayant pas réussi à trouver celui qui la lui enseignerait. Il a dit ensuite : « Le but ici est de montrer que cette remarque est nécessaire dans ce contexte car il existe certaines caractéristiques détaillées pour lesquelles les hommes de science ont affirmé la mécréance de ceux qui les possèdent et d'autres qui sont de même nature mais pour lesquelles ils ne prononcent pas le takfîr. La différence entre les deux cas vient du fait que dans celui où ils affirment catégoriquement la mécréance de la personne, ils le font en raison de l'absence d'interprétation acceptable ou d'ambiguïté susceptible de constituer une excuse tandis que dans le cas où ils sont plus détaillés dans leur propos, ils agissent ainsi à cause de la profusion d'interprétations qui circulent sur le sujet ».

Le cheikh Muhammad ibn `Uthaymîn a dit, comme on peut le voir dans al-Majmû’ul thamîn (Le recueil précieux) 2/63 : « La deuxième sorte - c.-à-d. la deuxième sorte de dénégation- est le rejet par interprétation. Cela consiste à ne pas nier mais à interpréter. Elle se subdivise en deux sortes : la première regroupe les interprétations qui peuvent trouver une justification dans la langue arabe. Ce cas n'implique pas le takfîr. La deuxième regroupe celles qui ne trouvent aucune justification dans la langue arabe. Ce cas implique la mécréance. En effet, si rien ne le justifie, cela devient une dénégation comme le fait de dire qu'Allah n'a pas de main au sens propre et ni au sens métaphorique de “bienfait” ou de “force”. Celui qui fait cela est alors mécréant car il l'a niée totalement et absolument. C'est donc un négateur réel. Même s'il avait dit à propos de la parole d'Allah : [  Au contraire, Ses deux mains sont largement ouvertes ] [al-Mâ'ida : 64] que “Ses deux mains” sont les cieux et la terre, il serait tout de même mécréant car cela n'est pas admissible dans la langue arabe. Ce n'est pas non plus conforme à la vérité légale. Il est donc un négateur ». Voir les paroles des hommes de science sur ce point dans les références des citations précédentes à propos de l'obstacle de l'ignorance. Se référer aussi à al-Chifâ (La guérison) 2/500 et 529, al-Mughnî 12/276, Majmû`ul fatâwa d'Ibn Taymiyya 20/263-268 et 5/161 et 162, 'îtsârul ћaqq pp. 376, 377 et 393, l'épître Manhaj Ibn Taymiyya fî mas'ala al-takfîr 1/193-250, l'épître Đawâbiţul takfîr `inda 'ahli Sunna wal jamâ`a : le critère de l'excuse accordée pour raison d'ambiguïté pp. 357-363, l'épître Nawâqiđul 'îmân al-qawliyya wal `amaliyya : qualifier de mécréant celui qui interprète pp. 75-80, l'épître Nawâqiđul 'îmân al-'i`tiqâdiyya wa đawâbiţ al-takfîr `indal salaf 2/20-38.

[5] al-'Aћzâb : 5.


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